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Histoire contemporaine de l'occupation de la vallée Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Robert Chastel   

Docteur Robert Chastel

 

 

Dans le cadre des travaux pour une « Réflexion citoyenne sur l’avenir de la vallée du Bouregreg » l’Association du Bouregreg a invité le Docteur CHASTEL qui s’est penché sur l’histoire du fleuve avec son « Rabat-Salé, vingt siècles de l’oued Bouregreg », à nous éclairer sur l’état de la vallée depuis que celle-ci est fermée par le barrage sur l’oued de puis 1974.

De 1971 à 1974, fut construit le barrage par l’entreprise Chaufour et Dumez. Ce barrage situé à 25 Kilomètres en amont de l’estuaire a été édifié à la confluence de l’oued Grou et du Bouregreg, son bassin versant est de 10.000 Kilomètres carrés. Le barrage en enrochement retient 600 millions de mètres cubes d’eau au déversoir. Il alimente Rabat et Casablanca. Les conséquences hydrographiques sont terribles, de l’estuaire au barrage, il n’y a plus que l’ancien lit du Bouregreg dans lequel remontent les eaux des marées ; on n’ouvre les vannes du barrage que pour dévaser celui-ci, ce qui amène des milliers de mètres cubes de sable et d’argile dans le lit de l’oued. Ainsi piégé, il n’y a plus réellement de fleuve entre le barrage et les plages. Tout un écosystème a été bouleversé.

 
 
UN PLAN D ’AMENAGEMENT
OU L ’AGONIE PROGRAMMEE
DE LA VALLEE ED 1984 à 1986
 

 

Dix ans plus tard ne parlait-on pas d’un plan d’aménagement du site, qu’il fallait faire quelque chose pour ce malheureuse fleur qui depuis l’époque Phénicienne et Romaine, avec le splendeur de Sala Colonia, était le témoin de l’histoire continuée ensuite par les Almohades au XIIème siècle puis par les Andalous au XVII siècle, et qui avait encore vu Rabat deuxième port du Maroc en 1916. Dans une vue futuriste avec les plans de Pinseau, d’un plan partex, d’un plan rester de Disney World, on ferait du site une Venise avec gondoles, parcs, restaurants, stades, un port de pêche, golf, tennis, un port de plaisance pour 300 bateaux… Et à l’extérieur des jetées des digues pour contourner les courants marins et éviter l’ensablement du fleuve !

Donc pour ces projets, il était prévu de niveler les rives et les deux cités le firent avec d’autant plus d’allant qu’était trouvée une solution… Au problème de leurs ordures : problème lancinant à toutes les cités qui ne savent que faire de leurs détritus. Donc pour niveler le site qui, entre parenthèse l’était déjà les quais et les terres pleins existants de la zone portuaire et en parfait état, notamment le quai de la Tour Hassan long de 220 mètres, édifie de 1931 à 1933, construit en pieux en béton armé. Sur le terre plein attenant s’étendant sur 20 hectares, des magasins s’y trouvaient couvrant 2200 m² et dont le vestige est encore la halle aux grains.

Pour « niveler » le site, au lieu que ce soit par des apports de terre extérieurs, on le fit avec les ordures de Rabat et de Salé. Pour Salé, en amont du Motonautique club et jusqu’au pont de chemin de fer, et à Rabat depuis le pont Moulay Hassan jusqu’à la voie ferrée. Les rives et terre-pleins comme celui de la Tour Hassan vont disparaître sous 3 à 5 mètres de hauteur d’ordures pestilentielles qui fermenteront au soleil qui brûleront en partie d’elles-mêmes par fermentation et production de gaz méthane à la putréfaction.

 

ON PEUT À MINIMA

 

Estimer pour le seul terre plein de la Tour Hassan : 350.000 mètres cubes d’ordures – Un lecteur attentif peut imaginer en extrapolant le volume considérable de cette pollution qui va jusqu’à la voie ferrée. Pour édifier Marjane, il a fallu d’abord dépolluer tout son site. Pendant 3 ans des odeurs âcres, nauséabondes, écoeurantes se dégageront des rives où l’on apercevra les fumées des foyers de combustion spontanés. Les mouettes par certaines se mêleront à la noria incessante des camions déversant leurs ordures, elles y trouvaient encore à manger.

 
POURQUOI LE SILENCE ASSOURDISSANT

 

De la presse, de la culture, des Associations, de l’Environnement, de l’Urbanisme ? Du Sala Fluvium, de la Rivière salée, de l’Oued Erroumane-le fleuve aux grenadiers, de l’Abi-Rakra qui pourrait évoquer en berbère le bruit du gravier dans l’eau, on faisait l’Oued Zbel – Pour l’histoire c’était la pire souillure.

En 1986, pour Ribat El Fath, je donnais une conférence avec projection de diapositives sur l’histoire des Cit2s des deux rives confondues avec celle de l’Oued. Je dénonçais, photographies à l’appui, la pollution et les conséquences dramatiques pour tout l’écosystème et la pollution de l’estuaire et des plages. Le dimanche qui suivit le « Matin du Sahara » en première page citait « le Docteur Chastel dénonce la pollution de l’Oued Bouregreg » - Dans les semaines qui suivirent, on recouvrait hâtivement les ordures par des norias de camion transportant de la terre et les matériaux de chantiers en constructions ; puis on planta des eucalyptus.

Les polluants sur les berges entraînés par leur fermentation liquide, et poussés par les pluies se déversent dans l’eau sous forme d’une bue visqueuse, noirâtre, malodorante sur une épaisseur de plusieurs mètres.

Dès 1985 m’étaient connues des thèses de doctorat sur la pollution du site et celle des mollusques de l’estuaire et des plages.

 
CONTAMINATION ET INFECTION
PAR LES CONSTITUANTS ORGANIQUES

 

Il faut imaginer une décharge pour une population de prés d’un million de personnes et on comprend aisément pour les autorités l’obsédant casse-tête de trouver une solution.

La pollution organique animale vient des abattoirs, des volailles, de poissons, des ordures ménagères de chaque famille.

Les hôpitaux ; les cliniques, les maternités, les cabinets médicaux n’ont pas la plupart, d’incinérateur, au moins80.000 seringues sont utilisés chaque jour, elles contiennent des dérivés sanguins, des médicaments. Les tubes de prélèvements sanguins ne sont pas détruits, les réactifs de beaucoup d’analyse ou les médicaments d’oncologie ont un potentiel cancérigène ; les doigtiers, les pansements un potentiel infectieux évident.

Les solvants industriels, les diluants, les pots de pentures, les colorants, les essences partent à la décharge comme les laques, les vernis. Y vont aussi : les bidons d’huile de vidanges des voitures, les pneus, graisses mazout, batteries de voitures avec leur acide, leur plomb, câble électriques, compteurs, fils de cuivre, piles électriques alcalines ou au mercure, métaux des ateliers, ustensiles brisés et périmé, literie usagée, chiffons, vêtements, journaux et sacs plastiques par dizaines de milliers, bouteilles plastiques. Ce dernier matériau non biodégradable est une vraie plaie pour les décharges. Examinez le contenu d’une poubelle : pelures, épluchures, tubes de dentifrice, médicaments périmés, emballages plastiques, sachets de lait frais, restes de reps avec arêtes de poissons, côtes de bœufs, de mouton, os de poulets, emballages de détergents ou de poudre de lessive, de vaisselle, pot de yaourts, cotons-tiges, couches-culottes, flacons de parfum vides, kleenex, journaux, vieux chiffons et éponges, verres, bouteilles, ampoules électriques, brosses à dents, flacons de shampooing, emballages d’aluminium, boites métalliques de bière ou de soda ; marque de café, feuilles de thé, fleurs séchées, coquilles d’œufs, et j’en oublie encore, ci-après avoir marché sur les rives pour cet article. Rien n’est exagéré, rien n’est spécifique à nos deux villes. Si la pollution des rives est arrêtée depuis 16 ans, l’Oued est par contre polluée par les décharge de l’Oued Akreuch – De cette carrière descendent les infiltrations qui se déversent dans le lit de l’Oued, telles les eaux usées du douar Doum. Il y a aune accumulation de déchets solubles et toxiques en suspension qui avec la descente de la marée iront jusqu’à la mer. L’eau est saturée en nitrates, en phosphates par les détergents, les lessives, en sels de plombs des canalisations…

 
ET QU’EN EST-IL DE LA POLLUTION BACTERIENNE ET VIRALE ? ? ? . . .

 

Le ramassage de palourdes dans la vase près des ponts devrait être sévèrement sanctionné et les baignades prohibées en dehors de la plage où il y a plus de mer que d’Oued.

Tout projet pour l’aménagement de la vallée, toute prospective pour le XXI Siècle, devra passer obligatoirement par une dépollution au moins partielle des rives, solutionner les égouts se déversant dans l’Oued.

Le traitement des matières organiques animales et humaines devra passer par des unités incinérations, les centres hospitaliers, les cliniques, les laboratoires d’analyses médicales.

Le traitement des eaux usées s’écoulant dans le lit du fleuve depuis le barrage, à partir de tous les Douars sera épineux…envisagera-t-on une unité d’épuration pour les grands collecteurs d’égouts des deux cités ?

Sa Majesté, conscient des problèmes sanitaires et de la salubrités de la vallée, de son estuaire, des plages n’est par étranger à cette « Réflexion citoyenne sur le devenir et de développement de la vallée du Bouregreg.

D’aucun me trouve d’un pessimisme exagéré, non je n’ai fait qu’ausculter mon Bouregreg.

 
SIDI BEN ACHER

 

Alors qu’un matin la brume légère, j’étais non loin de la Mdoura, les pieds humides d’eau, étendu sur le sable, j’entretiens mon fleuve des Deux Villes, de son histoire harassante, de son avenir qui c’est bien ça, c’est bien ce qu’il me dit.

J’essayai de le retenir un instant, mais peut-on retenir une goutte d’eau ? Troublé par ce dialogue qui n’était peut-être qu’un monologue intérieur, je décidai quittant la rive, d’aller m’en ouvrir à Sidi Ben Acher : sa baraka lui fait comprendre ces choses. J’aperçus sa Koubba toute blanche ; c’est alors qu’il me dit : « Oui, je sais, tu as toujours eu pour lui une amitié particulière ».

 
 
 

 
 
 
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