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Houcine Slaoui. L'inoubliable troubadour Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Fatiha Boucetta - Telquel n°240   

Mort prématurément à 30 ans en 1951, après une carrière fulgurante, Houcine Slaoui a pourtant profondément marqué la mémoire collective. Retour sur une légende.
Un cimetière, le silence, des tombes paisibles… Drôle de décor, pour un enfant d'une dizaine d'années à peine. Pourtant, c'est l'endroit de prédilection du petit Houcine, quand il fait l'école buissonnière pour s'adonner à son passe-temps favori : la musique, Sa musique, encore vivace dans l'esprit de tout Marocain, et dont nombre de “grands”, à l'image de Bouchaïb El Bidaoui et Hajja Hamdaouia, se sont inspirés.
De nombreuses citations de ses chansons sont carrément devenues des expressions populaires. On a même entendu Enrico Macias reprendre son impérissable T'smaâ ghir O.K. O.K. come on, bye-bye...
 

Ce prodige, ce génie trop tôt disparu, de son vrai nom Houcine Ben Bouchaïb, est un pur produit de la médina de Salé (d'où son nom de scène “Slaoui”) où il naît en 1921. Il est orphelin de père et sa mère fonde tous ses espoirs sur lui car il est le seul mâle restant (avec six sœurs) après la mort de son frère aîné Abdellah. Houcine est promu chef de famille alors qu'il se trouve encore à l'âge où l'on s'émerveille de tout. Et il a un sujet d'émerveillement particulier : les halqas (théâtres de plein air) de Salé, dirigées par les maâlems de l'époque, Moulay Bouih et Boujemaâ El Ferrouj. Ce dernier, dont Houcine, fasciné, boit l'enseignement, chante les événements de la vie courante du Maroc de ce temps-là : les privations, l'occupation française, les comportements des citadins comparés à ceux des ruraux, beaucoup plus malins, les problèmes familiaux résultant du voisinage, du commerce… Les halqas, c'est la passion du jeune Houcine. Il passe des heures à les admirer, dédaignant l'école coranique, oubliant tout jusqu'à ce que sa mère, inquiète, se mette à sa recherche, d'autant plus qu'en ces temps troublés du protectorat, les rues ne sont pas sûres, et que le jeune garçon traîne volontiers jusqu'à la tombée de la nuit. Un jour, alors qu'elle le cherche, affolée, depuis de longues heures, elle le trouve près des tombes du cimetière de Salé, jouant tranquillement d'un instrument de sa fabrication : un tarro (bidon rudimentaire) agrémenté de quelques câbles de bicyclette ! Il est en train de devenir un professionnel de la halqa.

Hlaïqi à 12 ans
À douze ans, il dépasse ses maîtres et attire autant, sinon plus de spectateurs qu'eux dans ces théâtres de plein air. A cette époque, les spectacles en salle n'existent pas encore au Maroc… Tous les mélomanes et connaisseurs s'entendent à reconnaître que Houcine Slaoui est le premier à introduire, lorsqu'il atteint l'âge adulte, des instruments que n'utilisait pas encore, en Egypte, le grand Mohamed Abdelwahab : des instruments occidentaux, révolutionnaires pour l'époque, tels que le piano, l'accordéon, la clarinette… Dans les orchestres de chikhate, dont c'est l'apogée, on ne connaît ni violon, ni piano. Seuls les guenbris et autres bendirs ont droit de cité, accompagnés, dans les cas de grand luxe, d'un luth. Nous sommes dans les années 30…

Mais le jeune Houcine n'en est pas encore là. A douze ans, lassé des récriminations de sa mère qui veut lui imposer un avenir dont il ne veut pas, il quitte la maison familiale pour s'en aller sur les routes. C'est ainsi qu'il devient musicien errant, comme les troubadours occidentaux du Moyen Age. Au cours de ses pérégrinations, il passe par Casablanca, où il donne sa halqa près du mausolée de Sidi Belyout. A Meknès, il se produit près de Bab Mansour. Partout, il récolte un franc succès - à défaut de vrais francs…

Sa véritable carrière démarre alors qu'il a à peine vingt ans. C'est à cet âge qu'il commence à composer sa propre musique et à écrire ses propres textes. Auteur compositeur interprète complet, il est comparé à l'un de ses contemporains égyptiens, Sayyed Darwish, notamment pour sa propension à raconter, avec talent, les bonheurs et malheurs de son peuple. Pendant sa (brève) carrière, il aborde tous les sujets : la corruption qui sévit (déjà, eh oui !) pendant la famine des années 40, l'amour plein d'espoir ou l'amour déçu (Yamna), le caractère de ses compatriotes (hdi rassek lay fouzou bik el qoumane ya flane)… Houcine Slaoui a un talent particulier pour poser le doigt là où ça fait mal. On lui doit aussi l'immortelle Dakhlat l'marikane, contant à sa manière pleine d'humour le débarquement américain au Maroc, en 1942.

Repéré par Pathé Marconi
C'est à cette époque qu'aidé par un ami français, pianiste de son état, il part en France où il enregistre un disque chez Pathé Marconi. C'est le premier chanteur marocain à travailler avec le célèbre studio français, qui édite déjà des stars comme Frank Sinatra ou Edith Piaf. La mythique maison de disques détecte en lui un grand artiste, novateur et intelligent. Bien avant les autres, et en plus des instruments de musique modernes, il est le premier à introduire certaines de ses chansons par des monologues ou du mawwal… Peu de gens le savent, mais le fameux Ya lil ya âïn est entré au Maroc grâce à Houcine Slaoui. En fait, il est éclectique, adaptant à la chanson marocaine tous les genres qu'il a connus étant enfant, aussi bien par les apports de la musique égyptienne en vogue, que par les rythmes qu'il marie avec le dialecte marocain, cette chère darija à laquelle on essaie aujourd'hui de revenir…

En France, il assemble un orchestre moderne formé de Maghrébins et fait ainsi produire ses plus grands succès qu'il enregistrera plus tard à la radio marocaine. Il joue lui-même du guenbri, dont il multiplie les variations, fait appel à une chorale formée de Marocaines, de Kabyles algériennes, et même d'une… Syrienne !

Bien que marié et père de huit enfants (!), Houcine Slaoui voyage beaucoup au Maroc - et surtout dans le Nord, région qu'il affectionne particulièrement. On lui doit plusieurs chansons sur les villes du chamal : Tanja yal âlia, ou encore Achqi fi bnat Tetouane… Une anecdote, à ce sujet, a traversé le siècle : on raconte - ce qui n'est pas démenti par son fils, Si Mohamed Slaoui - qu'une de ses admiratrices se rend un jour à son domicile alors qu'il se trouve dans le Nord, et annonce à son épouse qu'elle souhaiterait voir Houcine animer un mariage chez elle. Son absence ne décourage pas la dame, puisqu'elle reste à l'attendre à Salé pendant… une semaine ! En désespoir de cause, elle finit par partir. Lorsque Houcine revient enfin, son épouse lui rapporte la visite de cette dame et son objet. “Awili âla dâawi l'bla ! répond-il, ce qu'elle voulait, malheureuse, c'était que j'anime son propre mariage avec moi !”.

À cette époque, l'orchestre de Houcine Slaoui comporte une foule d'instruments : derbouqa, tarr, luth, mais aussi piano, flûte, clarinette, accordéon, et même batterie ! On en entend de longs passages en prélude de plusieurs de ses chansons. Ces morceaux-là sont particulièrement représentatifs du patrimoine marocain des années 30-40 : jamais complaisant, toujours authentique, léger et d'une drôlerie irrésistible. On y trouve, aussi, une bonne dose d'autodérision. Dans sa chanson culte L'Kahla (“La Noire” - titre repris aujourd'hui par le jeune artiste en vogue Barry), il affuble l'héroïne de châar mkerded tay t'khebbel (cheveux crépus qui s'emmêlent), snan (odeur de transpiration particulièrement tenace), chkhir kif el menchar (ronflements aigus comme une scie… Propos ouvertement racistes ? Pas quand on sait que lui-même est noir - ou du moins, de couleur très foncée !

Un fan nommé Mohammed V
Revenu de France en 1944, Houcine Slaoui repart s'y installer en 1947 avec femme et enfants. En 1951, il commence à souffrir d'un mal inconnu qui le ronge de l'intérieur. On insinue aujourd'hui qu'il ne s'agissait pas d'une maladie mais plutôt du fruit d'intentions malveillantes d'un certain nombre de chanteurs de l'époque - des artistes de la nouvelle vague, jaloux de son énorme succès. Empoisonnement ? Nul ne le saura jamais. Mis au courant, le roi Mohammed V, un grand fan du chanteur, l'envoie chercher et promet de le faire soigner à ses frais. Mais il est déjà trop tard. Houcine rentre au Maroc, très affaibli, puis décède le 16 avril 1951. Il a tout juste 30 ans…
Ce n'est qu'en 2001 qu'un hommage solennel lui sera rendu, à Casablanca, à l'occasion des “rencontres musicales”. Ce soir-là, son fils Si Mohamed, qui n'avait que trois mois à sa mort, chante les chansons de Houcine, et ne cache pas son ravissement d'entendre les refrains repris en choeur par toute la salle. D'après lui, un grand nombre de chansons de son père sont encore inédites à ce jour. Seules 16 ou 17 sont connues du grand public (elles avaient notamment été reprises dans une compilation sur 33 tours en vente en France dans les années 70, et introuvable aujourd'hui). Après avoir été pilote des Forces armées royales, l'héritier a fini par se consacrer entièrement à la musique. Il a ainsi créé l'Association Houcine Slaoui pour les arts populaires, dont l'objet est de faire revivre l'art de son père à travers des textes inconnus, en les interprétant lui-même avec les innovations techniques que permet le 21ème siècle. La légende de Houcine Slaoui demeurera, et pas seulement dans nos mémoires... 

 
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