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1. Table ronde numéro 1. Lundi 16 avril après-midi
"Langues du quotidien/langues maternelles",
le retour en force, la prise en main.
Modérateur : Catherine Miller
1 - Jacqueline Billiez, Cyril Trimaille, Myriam
Abouzaïd - LIDILEM, Université Stendhal – Grenoble III
"Zooms sociolinguistiques sur les chansons du groupe Hoba Hoba Spirit"
Dans un contexte de changements sociaux et culturels,
on assiste, ces dernières années, à une nette évolution du statut de la darija
au Maroc. Celle-ci pénètre désormais des champs dont elle était jusqu’alors
souvent exclue (chanson à textes, littérature, par exemple). Ce n’est sans
doute pas un hasard si ce processus de réhabilitation prend de l’ampleur ces
derniers temps, puisqu’en effet, sept ans après le commencement d’un nouveau
règne, la jeunesse marocaine bouge, le pays est en ébullition culturelle,
musicale, politique,… Aujourd’hui, c’est une génération décomplexée qui prend
la parole pour parler de son pays.
Le groupe casablancais Hoba Hoba Spirit est un
exemple éloquent de cette prise de parole. Pour dire le Maroc actuel tel qu’il
est véritablement, il s’exprime naturellement en darija qui est utilisée, dans
leurs chansons, avec le français, l’anglais, et parfois un peu d’espagnol et de
berbère, opérant ainsi de nombreux croisements de langues. Une pluralité
linguistique pour décrire un Maroc pluriel.
Nous proposons de mettre en évidence comment ces
textes donnent à voir l’identité plurielle de ce nouveau Maroc. Une identité
plurielle, mais surtout inclassable, originale, inédite, à l’image du style
musical adopté que le groupe lui-même qualifie de « hayha »
musique (« effervescence »). La mixité, le mélange à la fois
géographique (rencontre de l’Afrique et de l’Occident) et temporel (alliance de
la tradition et de la modernité) se trouvent ici à l’honneur.
Grâce à l’étude de l’emploi des langues dans les
chansons des deux albums de Hoba Hoba Spirit, nous tenterons de mieux cerner le
tableau à la fois optimiste et inquiet, positif et critique, fier et révolté
qui nous est offert du Maroc. Nous verrons aussi comment la langue parle de la
langue, comment le groupe, dans ses chansons, offre un véritable plaidoyer en
faveur de la seule langue qui parle sans ambages et à tous.
2 – Driss Ksikes, ex-directeur de l'hebdomadaire
Nichane
Philosophie Nichane : de la
naissance au procès.
A sa naissance, le magazine est porté par une philosophie où la darija
occupe une place centrale, et que j'expliciterai à travers trois angles :
Liberté,identités, proximité. Plus tard, l'affaire Nichane a également été
déclenchée avec en toile de fond la place de la darija dans la société. Cela
pose encore une fois une problématique que j'aborderai à partir de trois
entrées : Le discours populaire, la sacralité, l'élite.
3 – Dominique Caubet, PU Arabe
Maghrébin – INALCO, Directrice du CREAM (LACNAD)
"Darija a-t-elle désormais sa
place sur le devant de la scène?"
Depuis juin 2002, avec le numéro
"historique" de l'hebdo marocain Telquel, qui titrait :
"Darija langue nationale" sans provoquer de réaction indignée (manque
de visibilité ? début de prise de conscience ?), mais surtout dans l'après 16
mai 2003 (attentats suicides de Casa qui ont réveillé les consciences), darija,
sujet presque tabou a commencé à être réellement discutée et revendiquée dans
les médias marocains.
Alors qu'auparavant, la seule façon d'aborder le
sujet était de parler de patrimoins marocain, le choc des attentats a permis de
parler ouvertement de la questiion.
Darija, autrefois associée à l'arriération et à
l'analphabétisme, a pu être liée à la modernité et au développement de la
démocratie. Noureddine Ayouch,
PDG d'une des plus grandes agences de publicité du Maroc, Shem's, et créateur
de la Fondation Zakoura (micro-crédit, éducation informelle) a annoncé
publiquement le projet de création d'une chaîne de télévision entièrement en
darija (Maroc Hebdo International n.
583, 5-11 décembre 2003, p. 26) :
« Nous voulons répondre, à
travers de ce projet, aux problèmes d’obscurantisme, de violence et
d’intolérance qui portent préjudice au développement de notre pays. (…) Moufida
participera à l'édification d'un Maroc démocratique fort des valeurs
traditionnelles telles que la solidarité, le respect des autres et le goût
d'entreprendre (…) Notre objectif est de montrer l’autre face du Maroc, celui
qui bouge, qui entreprend, qui réussit, qui n’est ni fataliste, ni
obscurantiste. »
Par ailleurs, sans crier gare, darija s'est imposée
dans les NTIC, avec un passage à l'écrit spontané sur internet et dans les SMS,
utilisant une graphie latine modifiée et toute une génération sait désormais
lire et écrire couramment ce qu'on appelle la e-darija (voir
http://www.marockmagazine.com/).
Enfin, depuis 2006, des voix s'élèvent pour renommer
darija "el-maghrebiya" ou "le marocain" et dans le même
temps la convoque comme un élément déterminant de l'identité marocaine :
Telquel n. 230 (juin 2006), le
directeur Ahmed Benchemsi écrit dans on édito intitulé “Wa derrej a khouya!”: “Il faut à tout prix que
nous sortions de ce brouillard linguistico-identitaire. Il faut trancher, et
faire simple : notre seule langue commune, c'est la darija.
Certains traduisent darija par "arabe marocain". Je ne suis pas
d'accord avec cette traduction, c'est "du marocain", tout court. (…)
C'est quand même incroyable que nous nous interrogions encore sur notre
véritable identité, alors que nous l'avons tous les jours sur le bout de la
langue ! (…)”
Le journaliste et chanteur de Hoba
Hoba spirit Réda Allali, écrit dans Telquel 231 (juin 2006) :
“Et le long mensonge d'un Maroc
monolithique culturellement vole en éclat. C'est l'occasion de nous regarder
enfin dans les yeux pour constater que nous sommes Arabes, mais aussi Amazighs,
Africains… Fans de Oum Kalthoum, mais aussi de Bob Marley. C'est l'occasion de
chercher notre dénominateur commun – la darija par exemple (…)”
4 - Christophe PEREIRA
Doctorant / Chargé de Cours INALCO ;
CRÉAM – LACNAD (Paris)
« Les textos et les chats à Tripoli
(Libye) - Quelle utilité, pour quel(s) emplois, en quelle(s)
graphie(s) ? »
Quelle est l’utilité du texto à Tripoli ?
Pourquoi envoyer des textos, alors que leur prix est élevé ? Comment les
écrit-on ? J’ai effectué une enquête de terrain à Tripoli du 9 au 23
novembre 2006 et j’ai relevé un corpus de textos. En s’appuyant sur ce corpus,
le but de cette communication est de voir quels sont les emplois de ces textos,
quelle est la fonction des textos et d’étudier les conditions du passage à
l’écrit afin de voir en quelle graphie ils sont rédigés (graphie arabe ou
graphie latine ?), notamment en faisant une comparaison avec celle
utilisée lors des chats.
Invité : Adil Mafhoum
«Raven» de www.marockmagazine.com
Le Concert au théâtre Mohammed VI :
ZWM (Zlag Wela Mout) et Fes City Crew
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