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Ramadan : Les individus deviennent plus disposés à l'excitation Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Fatim-Zohra H. Alaoui 19-09-2007 LE MATIN   

INTERVIEW : Abdelkrim Belhaj, Professeur psychosociologue

Le «tramdine», qui règne pendant ce mois sacré, sous la loupe

LE MATIN : Mauvaise humeur, agressivité et impatience… Les maîtres-mots du jeûneur. Comment expliquer cet état d'esprit ?
ABDELKRIM BELHAJ :
Tout d'abord, avec ramadan il y a ce changement fondamental qui se produit au niveau individuel et qui concerne le rythme physiologique. Sachant que ce rythme commande largement les comportements et les activités des personnes dans la vie de tous les jours. Alors, une prédisposition psychologique s'installe chez certains individus dès les jours précédant le ramadan et non seulement à ses débuts.

Cette prédisposition argue chez eux la «tgarnina» dont ils font usage et qui parait être perçue comme forme compréhensible de vie sociale partagée par la communauté, voire qui accuse une stéréotypie dans les comportements des jeûneurs. Pendant le ramadan, le rythme homéostatique relatif à l'équilibre physiologique se trouve bousculé. Aussi, l'énergie habituelle pour le corps, les systèmes organique et cérébral essuient des modulations que certaines personnes paraissent moins enclins à gérer avec raison.

Dans ce cadre, la soif et surtout la faim, comme étant des motivations correspondant à des besoins fondamentaux, sont pour beaucoup dans l'explication de ce type d'état psychologique, mais sans pour autant le justifier. De même que le manque de sommeil auquel est relié un type de mauvaise humeur et d'animosité de certains, notamment par rapport à l'exercice d'une activité. Quant à la privation de consommation de café, de tabac, etc., qui entraînent un manque et un besoin de doses, se traduisent chez certains sujets par des états «d'explosions» qui deviennent comme la marque de tempérament associé à l'abstinence.

Par ailleurs, avec les réaménagements et les réadaptations que le ramadan impose dans l'organisation de la temporalité sociale, il faut dire que tout l'art et la manière de vivre subissent des variations non sans conséquences. Ainsi, ces variations trouvent leurs manifestations dans les comportements qui animent les rapports interindividuels, notamment eu égard aux actions et faits quotidiens. Les individus deviennent impulsifs, impatients et plus disposés à l'excitation quant à leurs réactions aux situations qui ne leur procurent pas satisfaction.

Entre le début et la fin, le ramadan est-il vécu
différemment ?


La cadence suivant laquelle les individus traversent le mois de ramadan connaît une sorte de fluctuation cyclique qu'il y a lieu à distinguer. Le cycle mensuel est à différencier en trois périodes importantes, que l'on peut schématiser ainsi :
La première semaine : qui est caractérisée par le commencement du jeûne avec tous les ajustements psychophysiologiques et sociaux, ainsi que toutes les adaptations que nécessite le Ramadan.

Les deux semaines suivantes: le rythme propre à Ramadan s'installe avec ses hauts et ses bats dans les modalités de la vie quotidienne, la routine relative aux usages ramadaniens est de mise. La dernière semaine : elle constitue une phase de transition vers le retour à la normalité de la vie quotidienne et caractérisée par moins de tensions que l'a été la première semaine. Le cycle journalier se partage entre :
Une partie diurne : qui se distingue par le jeûne et dans laquelle trois moments sont à considérer :

La matinée, le début de l'après-midi et la fin de la journée qui se termine avec l'heure de la rupture du jeûne et qui est la plus sujette aux discordes dues au tempéraments et aux excès d'humeurs, voire le moment des «détonations» et des «collisions» chargées d'impulsivité dont l'espace public devient le lieu de prédilection par excellence.

Une partie nocturne : qui est animée par des moments de liesse et de différents divertissements, allant jusqu'à ce que certaines personnes se trouvent amener à s'autoriser des comportements qui vont à l'encontre de ce qui est admis par le jeûne diurne.
Il faut dire aussi que cette tendance à la «ramdanité» «t'ramdina» est une faillite individuelle à l'aspect d'endurance qui est attribué au jeûne.

Etant donné que cet exercice d'endurance est tributaire à l'acte du jeûne et auquel s'adonne en principe le pratiquant corps et âme durant tout le mois de ramadan dans un engagement plein de ferveur. Mais ce n'est pas toujours le cas qu'on rencontre dans la réalité quotidienne, car plusieurs facteurs peuvent influencer cet exercice d'endurance et de maintien de l'équilibre chez
une personne.


Peut-on excuser la «tramdina» des fumeurs ?

Il est vrai et comme il a été souligné ci-dessus, le manque de doses (nicotine, caféine…) est souvent avancé pour justifier les excès ou les états d'humeurs colorés d'irritation et d'agressivité. Alors, que les personnes qui en font l'objet, au lieu de reconnaître l'existence chez elles d'un problème ou d'une anormalité (bien entendu, pas au point de la pathologie mais qui peut le devenir), elles s'y résignent au fait que c'est dû à une sorte d'inadéquation avec le jeûne et que d'une certaine façon elles considèrent inconsciemment que c'est un fait qui leur procure une satisfaction, vu que la situation de jeûne leur permet de libérer cette impulsion qui les mouvemente.

Aussi, ces personnes s'attendent à ce que les autres comprennent et rapportent ces états comme justifiés par le jeûne.
Il s'agit d'une représentation sociale assez typique qui traverse la vie en société pendant cette période de ramadan.

La perception sociale de certains comportements caractéristiques se retrouve bien intégrée dans les habitudes et les usages quotidiens, alors qu'ils ne sont conformes ni aux normes sociales ni aux règles de conduite que la religion prescrit au jeûneur dans l'accomplissement de l'acte d'abstinence.

Il s'agit d'abord d'un acte religieux avant d'être un acte puisant ses repères aux niveaux social et culturel.


Quelques personnes vont jusqu'à prétendre que le jeûne est devenu une «obligation» de plus en plus lourde sur les épaules des Marocains et que leur mauvaise humeur en est la preuve.
A quel point est-ce vrai ?


Que le jeûne soit une obligation, c'est le cas ; puisque son observance est considérée comme une prescription à laquelle est assujetti non seulement l'individu mais aussi la communauté. De même que le jeûne bien qu'étant un acte individuel, il n'en demeure pas moins que c'est toute la communauté qui se trouve la garante de l'accomplissement de cet acte par ses membres.

L'obligation du jeûne, donc, par la force de la pratique qui lui permet une mobilisation générale de la société, devient une obligation sociale à laquelle adhère toute la communauté. Dès lors, c'est ce contrôle social que produit l'observance collective perçu par certains comme une restriction de leur liberté individuelle.

C'est également dans ce sens que la durée d'un mois paraît pour ces derniers comme une règle lourde qui leur est imposée sans pouvoir faire autrement. Dans la logique de cette perception, une telle situation peut être considérée comme une autre source de changement d'humeur.
Cette attitude eu égard au jeûne du ramadan n'est pas unanime chez toute la communauté, compte tenu du fait que la société marocaine reste très attachée à sa culture, et donc, à sa religion. Le ramadan se veut être vécu par les gens comme un engagement vis-à-vis d'Allah et vis-à-vis d'eux-mêmes avec leur spécificité (identité psychosociale,
culture…).
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Le sacré à travers les temps

Historiquement, la sacralité et le rituel associés au jeûne du ramadan ont une certaine stabilité quant à l'adhésion et aux usages que leur réservent les Marocains. Sur les quelques évolutions qu'a connu le ramadan, c'est au niveau des modes de consommation et des divertissements qui animent ses soirées, que ce soit par la télévision ou dans les rues et en
centre-ville des grandes agglomérations.

Mais au niveau de la pratique, il n'y a pas de changements ostensibles au niveau de la société ou qui sont apparents au niveau de l'observance du jeûne par la population.

Depuis au moins l'indépendance, la période du ramadan transforme toute la vie sociale. Le monde du travail et le monde de l'enseignement, étant les principaux secteurs d'activité qui occupent la quotidienneté des gens, sont l'objet d'adaptations formelles et informelles.

Aussi, au niveau familial, la pratique du jeûne fait l'objet d'une reproduction sociale entre générations et la socialisation assure la pérennité des traditions qui animent cette pratique.
 
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