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Salé, la mal-aimée du Bouregreg Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Cerise Maréchaud - Telquel No339   
Jadis grand port de commerce et bastion de mythiques corsaires, Salé s’est depuis tristement muée en parent pauvre du Bouregreg, éclipsée par sa voisine Rabat. À l’heure des grands chantiers, les Slaouis se rêvent un nouveau destin.
De mémoire de barcassier, le feu n’avait jamais surgi ainsi de l’eau. Mais c’est bien le Bouregreg qui, le 21 août dernier, a vu son estuaire assailli par un dragon marin transformé en pont de lumière, dans une explosion de pyrotechnie. Entre les flammes, trois-mâts reconstitués,
corsaires ressuscités, montures élancées et éléphant géant ont accouru du néant pour réunir, “le temps d’une lune”, les deux rives longtemps rivales de Rabat et Salé.
Faire du Bouregreg “un lien plutôt qu’une frontière”, dévoiler Salé sous un visage neuf et futuriste, c’était le pari de la 2ème Biennale Karacena des arts du cirque et du voyage, création urbaine monumentale et interactive mise sur pied depuis deux ans par l’association slaouie Amesip et le Cirque Shems’y des enfants défavorisés, hébergé par la Casbah des Gnaoua, dernier rempart entre Salé et l’océan. Un succès populaire incontestable : quelque 300 000 spectateurs se sont pressés à ce rendez-vous unique avec l’onirique, grandiose rupture avec la léthargie culturelle d’une ville au présent méprisé, précédé d’un passé méconnu.
 
Larmes sur la ville
Prenez le Borj Doumoue qui, récemment restauré, révèle les empreintes gravées par des corsaires sur les murs de ses arcades souterraines. “C’est un écrin prêt depuis deux ans pour rien, déplore Zouaoui Mekki, économiste de formation et passionné de l’histoire de Salé. Il devait accueillir un musée de la Marine, mais l’idée a été abandonnée depuis que la Commission royale de la Marine l'a rétrocédé au ministère de la Culture”. Sa mince silhouette hissée sur les remparts entre les canons, la mèche grise malmenée par le vent, Zouaoui Mekki, le Slaoui, raconte comment, au 13ème siècle, la fortification fut construite dans les larmes du sultan d’alors, traumatisé par l’invasion andalouse de 1260, à l’époque d’Alphonse X de Castille. “En plus des massacres, viols et destructions, 3000 Salétins furent capturés et réduits en esclavage”.

Huit siècles plus tard, peut-être que le sultan pleurerait-il à nouveau devant le spectacle mortifère de la ville. Salé et sa prison, la fameuse “Zaki” connue et dénoncée pour les mauvais traitements qu’elle réserve, notamment à des détenus islamistes, Salé et son annexe de la Cour d’appel, Salé et ses réseaux terroristes démantelés, Salé et sa décharge de l’Oulja, où se sont longtemps déversés les déchets de Rabat, Salé et son four incinérateur de Bank Al Maghrib… "Chaque jour, aux infos, il n’y a pas grand-chose qui donne bonne impression de la ville", reconnaît son maire MP, Driss Sentissi. Depuis la Casbah des Oudayas, la vue est pourtant imprenable. Même si, en premier plan, s’étale un cimetière surpeuplé. “On raconte qu’il fut construit par les corsaires aux abords de la ville pour effrayer les étrangers”, souffle cet habitant. Aujourd’hui, les tombes ancestrales sont encerclées par un muret de parpaings. “Même ce cimetière, on semble en avoir honte”, déplore Zouaoui Mekki. Il faut l'avouer, l’ancien fief des corsaires ne jouit pas des meilleurs sobriquets : ville-poubelle par-ci, cité-dortoir par-là. “Elle a tous les atouts de Marrakech et Tanger réunis, s’emballe un peu Driss Sentissi. Mais elle souffre de sa proximité avec Rabat depuis cinquante ans”. “C’est sous le Protectorat qu’a été abandonné le dragage du Bouregreg pour favoriser Casablanca, condamnant l’avenir maritime de Salé et Rabat. Toute l’économie du port s’est arrêtée en 1940”, explique le Dr Robert Chastel, auteur de plusieurs ouvrages sur Salé. Mais si les deux villes tournent ensemble le dos à la mer, une seule embrasse le destin de capitale. Pas de prime à l’ancienneté. “Salé a pourtant une histoire plus riche et plus vieille que celle de Rabat !”, protestent souvent ses habitants. Une histoire qui remonte au 8ème siècle, quand les tribus berbères berghwata menaient la résistance à l’islamisation officielle - hérésie kharidjite combattue par Moulay Idriss 1er – avant d’être finalement défaites au 12ème siècle par Abdelmoumen, qui fondera l’ancêtre de Rabat – Ribat Al Fath (littéralement “Camp de la victoire”), construite par son fils Yacoub El Mansour.

Cité-dortoir
Ecartée du titre de capitale, Salé devient réceptacle tant de l’exode rural des communes environnantes que du surplus de population de Rabat et agglomération. “Les gens réduisent souvent Salé à la médina, mais elle s’étend jusqu’à Bouknadel”, décrit le Slaoui Abdellatif El Assaâdi, directeur adjoint du Centre cinématographique marocain (CCM) et fondateur du jeune Festival du film féminin de Salé, l’un des rarissimes rendez-vous culturels de la ville. “Pendant trente ans, de 1960 à 1994, la population de Salé a cru de 6% par an, le double de Rabat”, explique Zouaoui Mekki, auteur d’études sur le sujet. “Tandis que Rabat est la seule ville marocaine à avoir contrôlé sa croissance démographique, Salé est au contraire l’une des moins bien planifiées, la faute à une négligence criminelle, dix à vingt ans de spéculation foncière opérée par des gens qui ont vendu des terrains sans infrastructure ni équipement, poursuit-il. Dans une démocratie, il y aurait eu des sanctions pour cela. Résultat, les deux tiers des quartiers sont des constructions anarchiques”. “Difficile de trouver une unité entre ces quartiers, qui apparaissent comme des ilôts qui ne communiquent pas entre eux”, renchérit Laurent Gachet, créateur de la Biennale Karacena “Les Enfants du Bouregreg”. Le premier schéma d’aménagement urbain de Salé date des années 70. Incognito, les vestiges du passé sont débordés par les habitats précaires et les zones en friche, comme cet aqueduc à trois voies du 14ème siècle, sur la route de Kénitra, témoin du rayonnement de la dynastie mérinide… et dont la façade rongée sert aujourd'hui de quatrième mur aux baraques de béton et de tôle.

Depuis son home studio conçu au premier étage de la maison familiale, dans la médina de Salé - une porte grise entourée de faïences fleuries - le rappeur Nores, polo blanc et casquette noire, confirme : “Moi, je vois un fleuve. D’un côté, les gens classe, de l’autre, la pauvreté. Même les corsaires n’habitaient pas Salé, mais les Oudayas ! Ici venaient la main-d’œuvre, les voleurs et les fuyards”. Quatre cents ans plus tard, la ville et ses environs hébergent principalement paysans, ouvriers et petite classe moyenne. En 1994, seulement 5% des actifs occupés de Salé étaient cadres supérieurs ou professions libérales, trois fois moins que dans la capitale. Né à Souk El Kébir, dans la médina – “L’une des rares encore au Maroc où l’on voit les femmes sortir du pain et du beurre pour les gens qui trient les déchets” - Abdellatif El Assaâdi, qui habite toujours Salé, a vu la plupart de ses élites partir vers la capitale où foisonnent les quartiers attrayants. “Il manque à Salé un Azoulay, laisse planer Zouaoui Mekki, quelqu’un qui défende des projets structurants, comme Mitterrand l'a fait pour l’Est parisien”.

Casse-tête urbain
“Les Slaouis investissent loin de leur ville, regrette Mohamed Mekdafou, président de l’Association des pêcheurs de Salé. Quant à nos impôts, ils vont à Rabat !”. Si la ville a dépassé le million d’habitants depuis quelques années, son budget, soit quelque 300 millions de dirhams, représente le tiers de celui de Rabat… dont la population n’atteint pas les 700 000 âmes, comme le constate le maire Driss Sentissi. “Salé n’a pas de grand centre commercial, ni de cité universitaire. Même pour me soigner, je préfère aller à l'hôpital de Rabat. Ici il y manque toujours du matériel, les radios sont toujours en panne…“. Mais d’une rive à l’autre, la circulation peut se muer en casse-tête absurde : “Séparation administrative oblige, un petit taxi ne peut pas passer d’une rive à l’autre, même si l’on est à l’hôtel Farah et que Salé est à 400 mètres, témoigne Abdellatif El Assaâdi. Une majorité des fonctionnaires de Rabat vivent à Salé, mais il leur faut prendre quatre bus pour rallier Hay Riad”.

Du coup, tramway, pont et tunnel, actuellement en construction par l’Agence pour l’aménagement de la vallée du Bouregreg, sont attendus de pied ferme pour remédier à l’engorgement de la circulation et à l’ingratitude des dessertes. “On estime à près de 200 000 le nombre de futurs passagers par jour du tramway, qui sera prêt fin 2010”, rapporte Omar Benslimane, responsable communication de l’Agence. Couvrant 19 km au total, ses deux lignes relieront le quartier Hay Karima à Bab Al Irfane-Université, et celui de Bettana à l’hôpital Moulay Youssef. À travers le chantier du Bouregreg, Salé la mal-aimée se sent enfin touchée par une attention inespérée. Le webmaster du site Selwane.com, portail sur la ville de Salé, y consacre un site interactif à part entière pour mieux informer les habitants… au point de se retrouver assailli par les demandes d’embauche de Slaouis, espérant travailler sur le chantier de la future marina, qui annonce la création de plus de 100 000 emplois directs et indirects.

Omar Benjelloun, pour sa part, n’hésite pas à parler d’une “nouvelle ville”, avec écoles et lieux culturels, en plus d'hôtels et de commerces. D’une conduite énergique, il sillonne le chantier en voiture, égrenant les raisons d’applaudir le projet d’aménagement : prise de mesures conservatoires pour bloquer toute transaction dans la zone du chantier Bab El Bahr (afin d’éviter que des spéculateurs profitent des riverains), dépollution du fleuve Bouregreg, encore récemment le théâtre d’un scandale écologique avec le déversement de la “lexivia” depuis la décharge de l’Oulja, aujourd’hui en phase finale de revégétalisation, création d’un nouveau port de pêche…

Mais ici et là, on commence à s’impatienter. Mohamed Mekdafou, le président de l’Association des pêcheurs de Salé, ne rouspète pas seulement contre le jeune surfeur qui vient de poser sa planche contre un drapeau marocain, à l’entrée des box des pêcheurs. “Les travaux durent depuis plus de deux ans et gênent l’alimentation en électricité de nos frigos. Je suis presque au chômage. Je vis toujours de quelques affaires à Kénitra et de ce que me ramène chaque jour ma barque, mais cela fait un manque à gagner de quelque 8000 DH par mois”. Père de huit enfants, l'homme aimerait lui aussi être indemnisé, à l’image des traditionnels barcassiers du Bouregreg, figures séculaires du fleuve (et porteurs de bougies lors de la procession vers le mausolée Sidi Abdellah Ben Hassoun, saint patron de Salé), qui devraient bientôt faire leur grand retour à bord de leurs embarcations bleues rayées d’une bande blanche ou jaune. Si certaines initiatives privées ont décidé de rebondir sur le tremplin de l’aménagement (dont l’association Amesip, qui met sur pied à Salé une école des métiers de bouche), le maire Driss Sentissi reconnaît que les deux villes “doivent désormais prendre le relais de l’Agence du Bouregreg, qui s’est peu à peu substituée à elles ces dernières années”. Pour Zouaoui Mekki, l’unique véritable salut de Salé réside dans “son intégration administrative à Rabat, car on ne peut plus penser une ville sans l’autre. Mais personne n’ose lancer le débat, par peur de contrarier l’agenda royal”.
 
Étymologie. Bouregreg, pourquoi ?

“Connu dans l’Antiquité sous le nom de Oued Sala (la rivière salée) ou Oued Erroumane (le fleuve aux grenadiers), ce n’est qu’au 8ème siècle qu’il apparaît sous le nom de Bou Regreg - Abi Rakrak. On pense que son nom berbère était Asif Urgraz, arabisé en “Burgrag”. L’étymologie voudrait que Regrag, qui signifie en berbère “le gravier”, puisse aussi s’appliquer à la tribu berbère des Regraga, qui aurait longtemps séjourné sur les rives du fleuve”.
Rabat-Salé. Vingt siècles de l’Oued Bou Regreg, Dr. Robert Chastel
 
 Politique. Salé, un fief islamiste ?
Avant d’être le théâtre de coups de filet anti-terroristes, le siège d’une prison gorgée de détenus salafistes et la circonscription d’élus du PJD - dont son nouveau secrétaire général, Abdelilah Benkirane, Salé a été le lieu d’assignation à résidence, de 1989 à 2000, du Cheikh Abdesslam Yassine, après ses années de séjour forcé en asile psychiatrique. “C’est un fief conservateur plutôt qu’islamiste, nuance le politologue Mohamed Darif. Salé avait déjà été choisie comme lieu de refuge par les Maures chassés d’Andalousie, alors considérée comme une ville sainte du jihad contre le royaume espagnol. C’est l'une des rares villes au Maroc où on ne trouve encore aucun bar dans la médina. C’est pour cette dimension que le Cheikh l’a choisie (dans le quartier bourgeois de Hay Essalam), tout en se rapprochant du centre du pouvoir politique pour rester un acteur majeur de l’actualité politique. Ce qui n’en fait pas pour autant un fief d’Al Adl Wal Ihsane. C’était un lieu symbolique dénué de véritable aura mystique ou de manifestations de ferveur populaire”.
 
Musique. Salé, le berceau du hip hop marocain
Ni Meknès, ni Casablanca : c’est à Salé que le hip hop marocain est né, reconnaissent de nombreux rappeurs. Premier groupe au nom désuet, et premier à passer dans l’émission Musica de Jacqueline Alioli, Les Dragons blancs (avec le doyen Aminoffice, Ahmed AA et BBcool) puis le tandem DoubleA (album Elard Bkate en 1996) sont vite suivis par Chahine et Nores dans Siouf al Borj, Essofy, 19 contre attack ou encore Amiral (récent lauréat du tremplin L’Boulevard 2008), sans oublier une kyrielle d’auteurs qui ne composent que pour eux-mêmes (Virus, Shy…). Les rappeurs slaouis se taillent la réputation d’affûter leurs vers comme les corsaires d’hier leurs fers. “Notre force, c’est nos textes. On a été les premiers à bien parler, seul moyen d’échapper à ce conservatisme religieux qui nous entoure, témoigne Nores, 29 ans, auteur du 16 titres Bit Ennar (en référence au four à pain, “c’est là d’où je viens”) que suivra bientôt L’Waad, la promesse, en 14 titres.
 
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