Au Maroc, pays d'environ 31 millions d'habitants, la "guerre des
routes" coûte la vie à 10 personnes quotidiennement en moyenne, selon
des chiffres officiels.
En 2008, quelque 4.000 personnes ont
trouvé la mort sur les routes marocaines, un bilan qui ne cesse
d'augmenter et coûte cher: 11 milliards de dirhams (1 milliard
d'euros), soit 2% du PNB.
Depuis le 6 avril, la majorité des
petits taxis rouges (trajets interurbains) et des grands taxis blancs
(trajets extra-muros) ont arrêté de travailler. Mercredi dernier, selon
le quotidien L'Economiste, proche des milieux d'affaires, seuls 44
taxis ont roulé sur les 6.640 en circulation.
Les grévistes réclament le retrait pur et simple de la réforme.
La
tension monte entre grévistes et non-grévistes, et les rares taxis qui
travaillent masquent leurs plaques d'immatriculation pour éviter des
représailles.
En temps normal, se déplacer en voiture à
Casablanca - ville tentaculaire de plus de 3 millions d'habitants
(chiffres officiels de 2007, sans doute largement dépassés aujourd'hui)
- est déjà un cauchemar. Circulation anarchique, indiscipline
généralisée des automobilistes et des piétons, parkings insuffisants,
chaussées souvent en mauvais état...
Avec la grève, la ville et ses faubourgs sont tout simplement menacés d'asphyxie.
Faute
de taxis, les bus - seuls transports en commun en attendant un tramway
encore à l'état de projet - sont pris d'assaut par des usagers excédés.
"Ils sont bondés toute la journée, cela entraîne beaucoup
d'altercations et fait le bonheur des pickpockets", confie à l'AFP une
jeune Française en stage à Casablanca.
Les syndicats du secteur des transports semblent divisés mais l'impact sur l'économie commence à se faire sentir.
Le
port de Casablanca tourne au ralenti et le marché de gros, qui reçoit
habituellement un millier de camions par jour, n'en "traite" plus
aujourd'hui que la moitié.
Selon L'Economiste, plusieurs usines de la région sont arrêtées et 20.000 salariés sont au chômage technique.
"Nous
ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin", affirme le secrétaire
général du syndicat des chauffeurs de taxis, Mohammed El Harrak, cité
par le quotidien Al Bayane (socialiste).
Karim Ghellab ne voit
aucune justification à cette grève et rappelle que le projet de nouveau
code de la route a déjà fait l'objet de 275 amendements lors de son
passage devant la Chambre des représentants.
Il souligne que le
texte est maintenant examiné par la Chambre des conseillers, où siègent
des représentants du patronat et des syndicats. Le dialogue continue
donc et, dit-il, "personne - ni la rue, ni le gouvernement - ne peut
imposer son opinion à l'institution législative".
Le ministre
ajoute qu'il "respecte le droit de grève mais déplore les agissements
des grévistes qui s'attaquent aux biens et à l'intégrité physique des
non-grévistes".
L'hebdomadaire La Gazette (indépendant) dénonce
pour sa part "une grève mafieuse" à propos d'un projet de code de la
route "qui a battu un record mondial de concertations démocratiques".