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De la cire, des couleurs et de la patience Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Leila Hallaoui   

De la cire, des couleurs et de la patience
Salé célèbre à sa façon, depuis quatre siècles, la naissance du prophète : une procession de cierges colorés, accompagnés des sons entraînants des gnaouas. Visite, à quelques jours de la fête, chez les artisans détenteurs de cette coutume séculaire.

Vieux Salé. Au fond du marché bourdonnant et animé de Bab Sebta, une impasse avec, au mur, cette inscription bien visible : Zankat Achoumoue (rue des cierges). C'est ici que se trouve Dar Belakbir (la maison de la famille Belakbir) qui, comme chaque année à cette période, se transforme en usine de confection des cierges. A l'entrée, un patio spacieux avec, au sol, un
carrelage de losanges marron. Tout autour, trois pièces dont les vieilles portes en bois sont ouvertes et dépourvues de mobilier. L'odeur de la cire fondue est envahissante. « On a rangé tous les meubles pour travailler », explique Zahra, la maîtresse de maison, comme pour s'excuser du désordre.

Deux des pièces sont, en effet, aménagées en ateliers de travail. Par terre : des cartons remplis de motifs d'arabesques, des pots de peinture en poudre, des moules en bois, des bassines d'eau, des marmites pleines de cire fondue et puis un brasero, une petite bouteille de butane, avec, à côté, des spatules en bois, des chiffons et  des assiettes en argile.

Sur les murs, sont adossés les cierges déjà prêts, magnifiquement décorés, soigneusement recouverts d'une toile qui les protège.

D'autres cierges, qui n'ont pas encore été ornés, sont posés sur des tréteaux en bois. Partout, le désordre règne, les outils de travail sont posés pêle-mêle çà et là, mais cela ne semble pas du tout déranger les maîtres des lieux, Haj Ahmed et Abdelkader Belakbir, deux frères artisans au
savoir-faire séculaire. Le désordre ? Ils s'y sont habitués et y ont même pris goût depuis de bien longues années. Assis sur un matelas posé à même le sol, une spatule à la main, Haj Ahmed remue une marmite pleine de cire fondue rouge : « c'est notre oncle Ahmed Chekroun qui nous a transmis cet art et qui nous a appris, en 1953, à confectionner les cierges de la procession. Son vou le plus cher était de perpétuer cet héritage après sa mort. Et c'est ce que nous faisons, aujourd'hui. Notre mère a appris, à l'âge de huit ans, à faire des cierges. Elle a veillé à ce que cet héritage reste intact et nous a, depuis toujours, tenu compagnie à cette période de l'année pour nous aider. A présent, elle très âgée, elle n'en a plus la possibilité. » Haj Ahmed pousse un soupir de regret. Ces deux hommes aux cheveux blancs semblent fatigués, et pourtant, le travail est encore loin d'être terminé : ils doivent encore décorer quatre autres cierges avant mardi prochain. « Il faut s'y prendre au moins deux mois à l'avance. Il nous faut d'abord acheter les ingrédients : deux quintaux de cire, de la colle, une dizaine de pots de peinture en poudre de couleur verte, bleue, rouge, jaune, blanche et noire. Ensuite, c'est la phase la plus éprouvante : la fabrication des décorations. »

Les deux frères se partagent la tâche : chacun travaille dans une pièce, de jour comme de nuit. « Nous commençons d'abord par faire fondre de la cire dans ces marmites en aluminium, sur feu doux. Cela nous permet d'obtenir une cire pure et douce, comme du caramel. Ensuite, c'est l'étape de la coloration : nous mélangeons la cire encore chaude avec de la peinture en
poudre. Dans ce liquide coloré, nous mettons des moules en bois que nous jetons tout de suite dans une bassine d'eau froide. », explique Haj Ahmed, tout en se mettant à l'oeuvre. Il est en train de confectionner une petite pyramide de couleur rouge. Zahra, son épouse, le regarde faire, attentive : « Attention, il faut que tu laisses refroidir un peu la cire, sinon le motif ne tiendra pas ! » lui dit-elle. Haj Ahmed lève les yeux vers elle, sourit : «elle est toujours là pour m'aider ! »

Alors que les deux artisans sont complètement absorbés par leur tâche, une jeune fille entre : « Bonjour Haj Ahmed, je suis Meryem Trabelsi, j'habite tout près d'ici. Je suis venue vous regarder travailler. » Meryem est curieuse, comme beaucoup d'autres voisins. A cette période, en effet, la
maison Belakbir devient un lieu de pèlerinage. « Tout au long des préparatifs de la procession des cires, nous gardons la porte de notre maison ouverte. Plusieurs personnes viennent nous rendre visite, histoire d'encourager les maâlems (les maîtres artisans) », explique Zahra, visiblement ravie de ce soutien collectif. Haj Ahmed est à présent absorbé à confectionner des motifs en cire que Abdelkader colle, une fois séchés, avec de la « R'zina » ou, autrement dit, de la résine. Assis sur une chaise, avec face à lui, une petit bouteille de butane, il fait chauffer la « R'zina » dans un plat à tagine : « Ces motifs, nous ne les avons pas créés. Ils sont inspirés des mosaïques des mosquées et des mausolées ou encore des décorations utilisées, depuis des siècles, par les artisans menuisiers ou ferronniers. », explique Abdelkader, tout en plongeant le bout d'un motif dans la colle chaude avant de le fixer sur la carcasse en bois d'un cierge posé juste à côté de lui. Il appuie
délicatement sur le motif en suivant des lignes déjà tracées avec un crayon. « En noir, nous traçons des inscriptions à la gloire de Dieu. Les cierges ne sont pas tous de la même taille mais ils pèsent tous très lourd ! » affirme-t-il.

La durée de la décoration d'un cierge diffère selon sa taille : « Les plus grands qui pèsent près de soixante kilogrammes peuvent nous prendre huit jours d'affilée, alors que les plus petits, qui font cinquante kilogrammes, nécessitent deux ou trois jours de travail », poursuit-il.

Aux murs, aucune horloge n'est suspendue - comme pour arrêter le temps. Haj Ahmed le confirme en riant : « Ah non ! Pas de tic-tac lorsqu'on travaille. C'est de concentration et de patience dont nous avons le plus besoin. »

En arrière-fond, pourtant, du bruit, mais mélodieux : celui de deux vieux postes de radio, posés dans un coin, dans chacune des pièces. Les deux maâlems écoutent quelques vieux airs parasités par de la friture tout en décorant les cierges: « Nous devons être prêts lundi prochain. Après, il
faudra ranger la maison et la préparer pour la grande soirée de la veille de la procession. Notre maison accueillera, comme chaque année, la lila de la hadra (la soirée de transe) de la famille Hassouni. »
Les maâlems ont du pain sur la planche.

 
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