Bouillonnement musical au Maroc et en Egypte
Ecrit par Presse Colloque 18-04-2007   

4. Table ronde numéro 4. Mercredi 18 avril après-midi.
"Bouillonnement musical au Maroc et en Egypte
Modérateur : Dominique Caubet
 

13 - Catherine Miller (IREMAM)
"Petit Aperçu de la nouvelle scène musicale caïrote de l'année 2006"

Depuis 2004, on voit émerger au Caire et à Alexandrie, les deux principales villes du pays, un renouveau musical important avec l'apparition de  nombreux groupes de très jeunes musiciens s'inspirant du rock, rap, blues, jazz, techno,  etc. Alors que dans les années 1990, les groupes de fusion ou world music se comptaient sur le doigt d'une  main, on voit maintenant naître presque tous les jours de nouvelles formations. Derrière cette exubérance, se construit un réseau de salles, de lieux, d'associations, souvent, mais pas toujours, soutenus par des institutions comme la Fondation Ford ou les services culturels européens (néerlandais, allemand, britannique et français principalement). Les activités de ce réseau sont relayées par le net, la blogosphère, quelques radios et des journaux anglophones et entretiennent des relations complexes avec le pouvoir politique égyptien. La presse arabophone relaie elle les transformations d'une toute autre scène : celle de la scène musicale grand public et commerciale qui voit le déferlement des clips vidéo diffusés par les chaînes de TV musicales du Golf, l'influence de la star académie libanaise et la popularité de nouveaux chanteurs égyptiens issus des quartiers populaires et s'exprimant dans une langue beaucoup plus crue que ses prédécesseurs, évoquant le sexe et la drogue à partir de métaphores très explicites. Tout ceci, sans oublier le succès constant et même croissant des chants et prêches religieux, eux aussi dorénavant relayés par le net et les TV satellites et s'adaptant à ces nouveaux médias.

 

A partir d'enregistrements et d'interviews réalisés en Novembre 2006, ainsi qu'à partir des revues de presses arabes, francophones et anglophones, et des blogs, je me propose de présenter ces différents  types de scènes, de m'interroger sur leur interaction et leur impact sur la société, et si j'en ai le temps, d'en explorer à partir de quelques textes de chansons en arabe (rap et chansons populaires) les caractéristiques langagières.

14 - "Momo" Merhari, Hicham Bahou, Organisateurs du Boulevard
A propos de l'expérience du Boulevard, naissance d'un grand festival africain

 

15 – Jamal KHALIL, Professeur Universitaire à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Hassan II Aïn Chock, Casablanca
"L’oscillation des attitudes envers la musique des jeunes"

L’observation d’attitudes souvent contradictoires envers la musique des jeunes laisse penser à des réactions complètement irrationnelles de la part des différents acteurs de la société. Par leurs caractères aléatoires ces attitudes semblent difficiles à cerner. Si on les inscrit dans le durée, si on interprète cette mouvance d’attitudes comme le résultat de situations elles-mêmes mouvantes, elles commencent à correspondre pas un schéma qui a la particularité d’être récurant. Dés lors  il est possible de construire une grille de compréhension du mode de fonctionnement de l’ensemble de ces attitudes et de ces réactions. Le kaléidoscope réactionnel finit par  apparaître et par  correspondre malgré tout à une certaine rationalité.

Les attitudes se fabriquent souvent par le basculement entre deux tonalités éloignées  et allant d’une  tendance de rejet à un penchant pour l’appropriation, d’une posture propitiatoire à une inclinaison vers l’expiation. Cet ensemble sinusoïdal est déroutant  pour ceux qui le vivent au quotidien. Il contribue à fabriquer des murs d’isolation entre différents acteurs de la société qu’ils soient artistes ou non.
 

16 - Amel Abou Laazm, Festival des Musiques Sacrées, Fès – Maroc

"Mouvement musical inscrit dans un phénomène de transformation sociale plus général ou bien ne touchant qu'une classe particulière etc… : Est-ce réservé à une élite ou y a-t-il brassage social au sein de ce mouvement ?"

La nouvelle vague musicale est avant tout la conséquence d’un mode de vie urbain, d’une culture urbaine qui favorise la mobilité dans la ville, amène à la mixité sociale, au cosmopolitisme. La ville appelle inévitablement à la diversité, et présente des espaces non exclusifs, mais de côtoiement des populations. Au sein du mouvement musical actuel règne une réelle mixité sociale et les endroits investis par les musiciens, en liberté, sont caractérisés par un mélange que l’on ne retrouve pas toujours à l’échelle du Maroc. A partir de l’analyse des lieux de concerts, des festivals, des endroits fréquentés par les musiciens, et celle de la composition des groupes, l’hypothèse que ce mouvement participe à un décloisonnement de la société peut ainsi être formulée, tout comme le fait que les associations culturelles qui soutiennent ces musiciens, jouent un rôle primordial dans ce brassage social.

La spécificité et l’originalité des festivals résident dans le fait de s’adresser à l’ensemble des catégories, sans distinction. Les concerts des grands festivals, quasi-gratuits, réunissent un public varié. Ouverts et accessibles à tous, ils attirent beaucoup de monde de tous les quartiers de la ville et participent à un décloisonnement. Par exemple, le festival d’Essaouira, en particulier, est un véritable condensé du Maroc. Les jeunes viennent de tout le pays, en bande d’amis et il n’est pas rare de voir des familles se déplacer entièrement pour assister à ces quatre jours de fête. Ce mouvement regroupe des individus d’une extrême diversité économique, sociale, et constitue un véritable « melting-pot social ». Dans ce « Woodstock » marocain les barrières sociales tombent, toutes les catégories sociales y sont représentées, les classes aisées s’y rendent tout comme les moins riches. Ceux, considérés dans d’autres lieux, comme marginaux y trouvent leur place. Et c’est la raison pour laquelle cet évènement est apprécié : si cette manifestation est un des rendez-vous attendus dans le paysage culturel, c’est que son succès est dû à cet esprit de mixité, revendiqué à la fois par le public, les organisateurs, les artistes et le monde de la presse…

Les membres des groupes de musique se félicitent de pouvoir ainsi réunir autour d’eux un public si varié, ils y voient une certaine reconnaissance émanant de divers horizons. De plus, cette mixité sociale n’existe pas que dans le public : si elle surprend du côté des spectateurs, c’est qu’elle se retrouve également au sein des groupes composés d’artistes aux profils différents. Les formations musicales se caractérisent par une diversité des horizons, des études, des activités professionnelles… La présence féminine dans ces lieux de rencontre (cafés, concerts, festivals…) atteste davantage de l’ouverture de ces espaces et non de leur exclusion. Le sexe féminin, généralement exclu de nombreux espaces (publics et privés), y est présent plus facilement et davantage à l’aise.

Car dans ces espaces, cosmopolitisme social et liberté riment ensemble. Ainsi ce mouvement musical est une véritable création urbaine, en tant que résultat de pratiques citadines. Mais plus encore, il est clairement l’effet du travail réalisé en amont par l’association de Casablanca, EAC L’Boulev’art, depuis plusieurs années déjà, en tant que lieu de rencontres ouvert à tous.  

Invitées : Neila Tazi, (A3 com, Festival d'Essaouira, Festival de Casa)
                Layal Rhanem
(http://nextline.ma - Mghrib Music Awards)