La médiocrité bat son plein sur les chaînes
Ecrit par Mustapha Bourakkadi | 27-09-07 | LE MATIN   

Les humoristes marocains apparemment en panne d'idées
Indigeste, insipide, sans panache. Ce sont les mots qui viennent à l'esprit lorsqu'il s'agit de décrire la production «humoristique» nationale du ramadan.
On a l'impression de subir un diktat qui consisterait à nous faire rire de force au moment de la rupture du jeûne ! C'est à se demander à quoi cela sert d'en faire autant, alors que la plupart des Marocains zappent sur les chaînes satellitaires pour éviter cette avalanche de médiocrité. Entre sitcoms et parodie de talk-show, les téléspectateurs ont eu droit à une saison ramadanesque de piètre qualité.

Les humoristes marocains semblent en panne d'idées. A une ou deux exceptions près, les productions présentées sur les deux chaînes nationales (2M et TVM) laissent à désirer. De l'avis de beaucoup d'observateurs, les sœurs ennemies ont une fois de plus raté le rendez-vous. «F'tour Al aoula» pour commencer n'a rien de l'émission décalée qu'on a voulu nous présenter au début du mois de ramadan.


Entre les vannes approximatives, et les animateurs qui se marchent sur les pieds, on ne peut en retenir peut-être que «Dahk el louala» pour rappeler que les comédiens de l'époque savaient faire rire, eux.
Un Mohamed Eljem débitant des insanités qui ne font rire que lui, dans une émission supposée être innovante. On a l'impression que ce comédien reconnu a coupé les ponts avec les gens, qu'il ne connaît plus l'évolution de l'humour chez les Marocains.

Une sitcom (Chrikti mouchkilti) qui présente un casting intéressant a priori, avec notamment Sanaa Akroud et Mohamed Bastaoui, n'arrive pas à provoquer les éclats de rires escomptés, d'autant plus que l'omniprésent Fahid n'arrive pas à sortir du seul personnage galvaudé qu'il joue constamment.

Cette œuvre n'a d'égal en médiocrité que le controversé «Lâaouni» sur la chaîne de Ain Sebaâ, qui malgré le fait qu'il ait été décrié par tous lors des saisons précédentes, a trouvé le moyen de récidiver, et de manière ridicule de surcroît. Décidément, Saïd Naciri, qui est à la fois producteur et premier rôle de cette sitcom, ne veut pas comprendre que son truc est dépassé et ne fait plus rire personne.
«Abderraouf Lantrite», présenté avant la rupture n'est qu'un ensemble de clichés sur la condition des retraités.

Ceci dit, Abderraouf trouve néanmoins grâce aux yeux des téléspectateurs, notamment ceux qui ont connu le comique des années 80, d'autant plus que le fait qu'il ait été longtemps occulté suscite tout de même une petite émotion.

Il a fallu que Jamel Debbouze lui rende un hommage solennel, lors du Festival international du film de Marrakech, pour que l'on se souvienne de lui. On a le sentiment que les humoristes se payent la tête des téléspectateurs et qu'ils insultent leur intelligence ! Heureusement qu'il y a une exception pour confirmer la règle. Hassan El Fad avec sa capsule «Titswit!» a permis à la première chaîne de sauver la face, deux petites minutes suffisantes pour donner une bonne dose de rigolade à même de nous dispenser de tout le reste.

De l'avis de tous, «l'humour cathodique du ramadan» devrait cesser pour laisser la place à d'autres genres.

Car revoir les mêmes têtes avec des sauces différentes ne peut que donner des indigestions au public, qui a toujours le choix d'aller voir ailleurs. La logique simple voudrait que les responsables de la production sur les deux chaînes revoient leurs critères de sélection pour nous éviter l'indigestion qu'ils nous servent à chaque ramadan.
On se demande si ces messieurs regardent les productions des chaînes satellitaires arabes pour mesurer à quel point les leurs son à refaire.


 

On reprend les mêmes et on recommence !

D'année en année, les productions audiovisuelles destinées au mois de ramadan présentent pratiquement les mêmes visages, les mêmes auteurs et les mêmes producteurs.

Et à chaque ramadan, c'est la même histoire qui se répète, comme si le Maroc ne produisait que ces gens dont la médiocrité n'a d'égale que le culot qu'ils ont à insulter l'intelligence des téléspectateurs.
D'autant plus qu'on n'a jamais entendu parler d'un appel d'offres public pour une sitcom ou un feuilleton. Il est permis de penser que c'est là où le bât blesse.

Ne serait-ce pas une bonne idée d'aller chercher du côté des lauréats de l'ISADAC pour essayer d'apporter du sang neuf à une production qui, tout compte fait, réitère les mêmes clichés… les mêmes erreurs ?