Repères de la mémoire de Salé
Ecrit par Selwane.com   

En se basant sur la publication du Ministère de l’habitat « les repères de la mémoires » 1993, qui illustre l’évolution du patrimoine bâti de plusieurs villes marocaines en deux époques différentes, le début et la fin du siècle dernier. Nous avons veillé à revisiter en ce début du siècle, les mêmes sites et refaire les mêmes prises de vue photographiques de bâtiments cités dans cette publication.
Espérant que les internautes et amis de la ville de Salé, trouverons dans ce dossier, pour mémoire, quelques repères historiques de leur ville, qui ne cesse de ce métamorphoser, mais qui garde toujours ses racines bien ancrées à travers l’histoire de notre pays.

Dossier proposé par Salaheddine Cherkaoui Dekkaki 

 

Naissance d'une ville

Assise sur une légère éminence d’une vingtaine de mètres d’altitude, en face de Rabat, à l’embouchure et sur la rive droite du Bou Regreg. Salé est situé au bord de la mer et l’Océan Atlantique, auquel elle tourne le dos et qui la berce constamment de la rumeur et du bruit de ses houles, a principalement pour elle valeur de décor.

Ville maritime en apparence, et intensément parfois par occasion. Salé est cependant restée terrienne et secrète et a toujours eu de tout temps une réputation de ville pieuse.

Cette réputation se forge et se confirme véritablement à partie du XIIème siècle, lorsque la région de l’estuaire du Bou Regreg allait constituer un territoire sacré à la guerre sainte, un point d’étape dans l’époque almohade sur la route du Jihad qui menait au Détroit.

L’extension du premier noyau fondé à Salé par la famille des Banou Achara au XIème siècle est rapide. Sous les Almohades, en effet, la ville est dotée de nouveaux remparts et sa trame urbaine s’ordonne peu à peu à partir du quartier et-Tal’a, centré sur la Grande Mosquée.

En contribuant considérablement à l’urbalisation de l’embouchure du Biou Regreg, Yacoub EL MANSOUR relia, pour la première fois dans leur histoire, les villes des deux rives par un pont amovible, d’une technologie remarquable, qui forçait l’admiration des contemprains.

Durant l’époque mérinide, le système de défense va être complété et consolidé et la cité dotée de nombreux monuments. Une belle enceinte de pierre est élevée du côté du fleuve et un arsenal maritime, relié au port fluvial par deux canaux est construit à l’intérieur de la ville ; deux portes monumentales, dont Bâb Mrissa au sud, permetaient l’entrée et la sortie des bateaux. La Médersa d’Aboul Hassan, considérée comme une des merveilles de l’art Mérinide, par la grâce des proportions, par la richesse et l’harmonie de son décor, est achevée en 1342 à proximité de la Grande Mosquée. Un maristan, hôpital et faculté de médecine, un aqueduc dont le point de départ est aux sources d’Aïn Barka, etc…, toutes ces réalisation témoignent de l’intérêt qu les Mérinides ont, durant près d’un siècle, porté à Salé et plus largement à l’embouchure du Bou Regreg où ils édifièrent, par ailleurs, la métropole funéraire de leur dynastie.

Cette époque voit professer des hommes illustres, théologiens, hommes de science, érudits et, tout particulièrement, Sidi Ahmed BEN ACHIR, exégète de la pensée de SHADILI et grande figure du Maroc mystique du XIVème siècle, un des saints vénérés de la ville de Salé dont il est considéré comme le Patron.

Durant la première moitié du XVIIème siècle, Salé connut une des périodes les plus mouvementées de son histoire face à l’hostilité d’Etats puissants qui nourrissaient le projet d’asservir le seul port atlantique du Maroc resté indépendant. Cette période est marquée notamment par la lutte patriotique conduite par M’hamed AL AYACHI et par la course à laquelle perticipèrent les deux rives du Bou Regreg. Salé devint alors célèbre pour les exploits de ses Corsaires qui, à l’avant-garde de l’Islam maritime, écumaient la mer du Ponant, battaient pavillon dans les eaux britaniques à l’embouchure de la Tamise en Islande et réalisaient des proueses dans des expéditions lointaines et téméraires jusqu’en Acadie en Terre-Neuve. A cette période, correspond la proclamation de la Républiques des Deux-Rives, unissant, durant quelques dizaines de d’années, Salé-le-Vieil et Salé-le-Neuf (Rabat) dans un même destin, jusqu’à l’avènement des Alaouites qui occupèrent l’estuaire en 1666, dans le cadre de l’unification du Royaume.

Depuis, Salé allait graduellement reconquérir sa réputation de ville pieuse et de centre intellectuel. Elle est, en effet, l’objet de nombreux travaux de restauration et d’embellissement, ainsi que de nouveaux équipements et travaux de recontruction, notamment celle de l’imposant minaret de la Grande Mosquée qui domine le paysage urbain de la cité. Sous MOULAY SLIMAN (XVIIIème – XIXème siècles), un nouveau Mellah est fondé pour recevoir l’importante communauté juive qui s’installe dans l’angle sud-ouest de l’enceinte, entre Bâb Mrissa et Bâb Bou Haja. Salé se distingue, par ailleurs, par une abondante production intellectuelle et notamment par l’œuvre magistrale d’un haut fonctionnaire slaoui du Makhzen, Ahmed Ben Khalid EN-NACIRI, important témoin du Maroc du XIXème siècle et auteur de « AL ISTIQSA… » dernière grande compilation de l’histoire du Maroc.

Mosquées et sanctuaires

De tout temps, Salé a toujours eu la réputation d’une ville pieuse ; les zaouïas et les confréries y sont nombreuses et les saint vénérés.

Le pôle religieux de la cité domine l’ensemble urbain à partir des hauteurs nord-ouest de la ville. Il regroupe, autour de la Grande Mosquée, d’époque Almohade, la Médersa d’Aboul Hassan, le Mausolée de Sidi Abdellah Ben Hassoun ainsi que d’autres zaouïas importantes, dont celle de Sidi Ahmed Ben Achir, située dans le cimetière atlantique. La grande fête religieuse célébrant la naissance du prophète est marquée, à Salé, par une procession de cierges qui se déroule à la veille du Mouloud et constitue, par ailleurs, l’attraction principale de la fête votive de Sidi Abdellah Ben Hassoun.

Cette procession existe depuis plus de trois siècles, elle serait d’origine turque et aurait été introduite dans différentes villes du Maroc – elle ne subsiste aujourd’hui qu’à Salé – par le souverain Saadien Al Mansour Ed-Dahbi qui avait des attaches avec la Sublime Porte.

Ci-dessous, une animation en flash, représentant l'évolution de certains patrimoines bâtis,
durant les 100 dernières années

La procession des cierges

A la veille du Mouloud, vers le milieu de l’après-midi, un cortège se forme à proximité de Dâr Chaqroun où sont, chaque année, remis en état et restaurés d’importants candélabres aux parois finement tapissés de milliers de minuscules motifs de cire aux tentes les plus variées.

Les barcassiers de Salé, revêtus de leurs brillants uniformes, se chargent de promener les sept cierges ouvragés, principaux ornements de la procession. Celle-ci se déroule en musique, tout au long d’un itinéraire qui passe, notamment, par le Mausolée de Sidi Ahmed Hajji, es-Souq El Kébir, la Qissariya, Bâb Bou Haja, Dâr Ben Hassoun et la Grande Mosquée, pour aboutir au Sanctuaire de Sidi Abdellah Ben Hassoun où le plus beau cierge prend place au centre de la coupole dominent le catafalque.

La mederssa d'Aboul Hassan

Bien qu’étant une des plus petites médersas du Maroc, la Médersa de Salé constitue, à bien des égards, un monument remarquable. Elle a le privilège, pour ce genre d’institutions, de dévoiler toute une façade qui témoigne d’une composition architecturale et d’une intégration urbaine judicieuses. Le portail à degrés de ce monument compte assurément parmi les plus beaux ouvrages de ce genre. Il combine avec un rare bonheur un tympan de pierre et un auvent de bois tous deux finement sculptés. L’édifice est centré sur une cour intérieure qui, bien que de petite taille – 32 m² - réussit à faire oublier les faibles dimensions de sa surface au sol, grâce à la justesse de ses proportions et à la force de son élan vers le ciel.

Ci-dessous, une animation en flash, représentant l'évolution de certains patrimoines bâtis,
durant les 100 dernières années

La médina

La médina couvre une superficie d’environ quatre vingts hectares. Elle est enceinte d’une muraille continue d’un développement de près de quatre kilomètres et demi et affecte une forme trapézoïdale.

Le tissu urbail s’organise entre un pôle religieux au nord-ouest et un pôle économique, au sud-est de la ville, centré sur es-Souq El Kbîr et une belle Qissariya.

Au début du siècle on dénombrait vingt mille habitants, plus de soixante mosquées et vingt quatre fontaines publiques. De vastes espaces intra-muros, composés de swani, étaient essentiellement voués à des cultures maraîchères et fruitières.

Ci-dessous, une animation en flash, représentant l'évolution de certains patrimoines bâtis,
durant les 100 dernières années

Les corsaires de Salé
 

Ce fut à bord de légers vaisseaux de type méditerranéen ou lusitanien (tartanes, brigantins, chebecs, pinques, polaques, caravelles, etc…) que les « Corsaires de Salé » pratiquèrent la course aux XVIIème et XVIII siècles.

C’est notamment au temps de la République des Deux-Rives, durant la première moitié du XVIIème siècle, que cette activité a battu son plein et que l’effectif des navires corsaires avoisinait la quarantaine d’unités.

A différence d’Alger, Tunis ou Tripoli, qui s’adonnaient alors à la course en Méditerranée, Salé, à l’avant-garde de l’Islam maritime, avait essentiellement pour théâtre d’opérations l’Océan Atlantique, la mer du Ponant.

C’est en effet, sur l’immense et dangereux océan que les « Corsaires de Salé » accomplirent leurs plus remarquables exploits. En lançant des expéditions d’une extrême témérité jusqu’en Terre-neuve, à plus de deux mille milles de leurs bases – Salé-le-Vieil et Salé-le-Neuf -, ils acquièrent une redoutable renommée, faisant de l’estuaire du Bou Regreg le berceau de la guerre sainte contre la Chrétienté.

Ci-dessous, une animation en flash, représentant l'évolution de certains patrimoines bâtis,
durant les 100 dernières années